En chirurgie orthopédique, de nombreuses interventions nécessitent la mise en place d’implants métalliques. Alors que certains, tels que les prothèses de hanche ou de genou qui remplacent une articulation sont amenés à jouer un rôle permanent, d’autres n’ont un rôle que transitoire. C’est le cas des vis, broches, plaques et clous qui vont maintenir l’os fracturé en attendant la consolidation. Une fois la consolidation acquise, un souhait fréquent du patient est de retirer le matériel.

Cette demande a deux motivations principales, soit la persistance d’une gêne ou douleur attribuée à tort ou à raison au matériel, soit la volonté plus psychologique de se débarrasser d’un corps étranger. Il arrive aussi que ce soit sur les conseils d’un médecin ou d’un proche que la demande émane.

Alors, qu’en est-il vraiment, faut-il conserver ou retirer ce matériel?

L’ablation doit-elle être toujours systématique?

Non. Les matériaux utilisés sont « inertes », ils ne provoquent pas de rejet, ni de réactions de l’organisme. Qu’il s’agisse de titane, d’alliage de chrome-cobalt ou autres, ils ne se dégradent pas. Il n’y a donc pas de raison biologique pour retirer systématiquement le matériel, ce dernier peut rester en place indéfiniment.

Est-il parfois obligatoire ou vivement recommandé de se faire retirer le matériel?

Oui. Dans certaines localisations ou circonstances, la présence du matériel peut causer des lésions à long terme telles que l’irritation d’un tendon, le blocage d’une articulation…

Ainsi, sauf exception, on retire :

  • Le matériel qui bloque partiellement ou totalement une articulation. (Ex Les vis de syndesmodèses dans les fractures de chevilles qui fixent provisoirement le tibia au péroné)
  • Les broches qui peuvent migrer dans le temps et dont l’extrémité pointue peut parfois abimer un tendon, un muscle…
  • En cas d’infection locale, on retire le matériel s’il n’est plus utile. Les bactéries ont tendance à se fixer dessus et le conserver diminue les chances de succès du traitement.
  • En cas de non consolidation osseuse (pseudarthrose).
  • Migration du matériel.
  • Fracture d’implant.

Est-il parfois déconseillé de se faire retirer le matériel?

Oui. Avant toute intervention, il faut mesurer les bénéfices, les risques et faire la balance des deux. Si les bénéfices sont supérieurs, il est logique de réfléchir à l’intervention, si les risques sont supérieurs, il faut conserver le matériel. Par exemple, dans les fractures de l’humérus, le nerf radial qui commande une partie de la motricité de l’avant bras et de la main est au contact de la plaque de synthèse. Le matériel est donc collé au nerf et ce dernier est souvent coincé dans du tissu cicatriciel. Il y a donc un risque de paralysie transitoire ou permanent à retirer le matériel. Si le bénéfice de le retirer est de ne plus avoir de corps étranger car cela est psychologiquement désagréable, cela ne vaut à priori pas la peine de prendre un risque de paralysie. A l’inverse, si c’est le seul moyen de guérir d’une infection qui empêche l’utilisation du bras, il semble logique d’accepter la prise de risques.

Quels sont les bénéfices à se faire retirer le matériel?

Dans certaines localisations, le matériel peut être responsable d’une gène ou de douleur. Le cas le plus fréquent est la plaque externe utilisée dans les fractures de cheville. Sa localisation sous la peau, souvent au contact du rebord de la chaussure est très souvent responsable d’une gène. A l’inverse, une plaque de fémur, largement recouverte par les muscles est rarement ressentie par le patient.

Le matériel est donc régulièrement responsable :

  • d’une douleur à sa palpation
  • d’irritations liés au frottement de l’implant sous la peau
  • de sensation de pincement autour du matériel.

La difficulté est que ces signes peuvent aussi être dus au tissu cicatriciel ou à des séquelles liées à la fracture. Il faut donc bien avoir à l’esprit que l’ablation peut ne pas résoudre les choses et qu’il est très difficile de prédire à l’avance le résultat.

Cependant,  plusieurs études montrent qu’en moyenne, le retrait du matériel est effectivement associé à une baisse des douleurs (1). (Attention, cela ne veut absolument pas dire que tous les patients ont été amélioré et ce qui est vrai pour la moyenne ne l’est malheureusement pas forcément pour vous)

Quels sont les risques à se faire retirer le matériel?

Il faut retenir qu’il n’existe pas, en chirurgie, de petites interventions et que les ablations de matériel sont régulièrement plus difficiles que prévues. Ces difficultés varient énormément selon le type des implant, l’os sur lequel il est situé et les nerfs, vaisseaux, muscles situés au contact ou dans la cicatrice. Il est donc difficile de faire une liste exhaustive, cependant, les principaux risques sont :

  • une fracture de l’os
  • le matériel peut se casser ce qui rend alors son ablation compliquée voir dangeureuse. Dans certains cas, il est d’ailleurs préférable de laisser une partie du matériel même si ce n’était pas initialement prévu.
  • certains nerfs ou vaisseaux peuvent parfois être abimés car bloqués dans la cicatrice ou être en position anormale suite à la précédente intervention
  • une infection nosocomiale peut survenir suite à la chirurgie

Il faut donc absolument discuter avec votre chirurgien sur les risques vraiment spécifiques à l’ablation de votre matériel.

Puis-je faire du sport avec du matériel?

Oui, la présence du matériel ne contre-indique pas la pratique du sport. Parfois, il se posera tout de même la question de le retirer s’il provoque des douleurs au sport et que les risques de l’ablation paraissent mesurés. Attention, certains sports sont interdits après certaines chirurgies, sans que cela soit lié aux implants. Par exemple, la fixation de certaines vertèbres du cou interdit la pratique du rugby.

Dois-je faire retirer mon matériel si je souhaite faire de la moto?

Non mais parfois oui… Légalement, on a le droit de faire de la moto avec un clou de tibia ou un clou de fémur. Tout les chirurgiens n’ont pas les mêmes habitudes. Certains recommandent de retirer le matériel chez les motards, d’autres non. Les motards s’étant déjà fracturés le tibia ou le fémur ont souvent des clous. Le problème est le risque important de nouvelles chutes et traumatismes sur le membre déjà opéré. Les arguments pour garder le clou sont d’éviter une intervention chirurgicale et aussi d’éviter une nouvelle fracture lors de certaines chûtes grâce à la présence du clou. L’argument pour le retirer est qu’en cas de fracture de l’os autour du clou ou fracture de l’os et du clou, la chirurgie est beaucoup plus complexe.

Conclusion

La décision de faire retirer ou de conserver le matériel est complexe. Il faut en parler avec son chirurgien afin de pouvoir prendre une décision. Il vous expliquera les bénéfices et les risques à le retirer mais aussi ceux à le conserver afin que vous puissiez faire votre choix.

 

  1. 2001 May;15(4):271-4.

Incidence of hardware-related pain and its effect on functional outcomes after open reduction and internal fixation of ankle fractures.

Brown OL1, Dirschl DR, Obremskey WT.

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A propos de l’auteur :

Chirurgien orthopédique et médecin du sport, le Docteur Julien Even opère les pathologies de la hanche du genou et de la cheville. Il est aussi médecin de l’équipe professionnelle du Paris Football Club.

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